d) La dernière explication neurologique

 

 

      La majorité des explications relatives au déjà vu ne sont que des hypothèses. Elles sont donc difficiles à tester expérimentalement dans l'état actuel des connaissances sur le fonctionnement du cerveau et des moyens techniques permettant son étude. 

Cependant, avec l'évolution des techniques scientifiques, une expérience récente réalisée à Marseille par le neurologue Fabrice Bartolomei et ses collaborateurs a permis de rapporter de nouvelles informations essentielles pour notre compréhension du déjà vu.


      En 1954, le neurochirurgien Wilder Penfield a placé sur le cortex de ses patients une sonde électrique. La stimulation provoquée permettait seulement d'explorer le néocortex. Le néocortex temporale étant la partie supérieur du cortex.

 

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Cependant, les stimulations déclenchèrent parfois chez certains sujets, des sensations proches du déjà-vu. Penfield en conclut donc que ce phénomène devait émaner du néocortex temporal.

 

      Cinq ans plus tard, de nouvelles techniques d'explorations telles que l’encéphalographie et la stéréo-encéphalographie (méthode d’implantation d’électrodes intracérébrales) permirent de stimuler et d’enregistrer l’activité de structures plus profondes.

Les médecins ont ainsi pu observer le déclenchement de déjà-vu lorsqu’ils provoquaient des stimulations électriques dans les structures temporales internes du cerveau: le complexe amygdalien et l’hippocampe. Ces zones étant impliquées dans les processus de mémorisation, les neurologues en ont déduit que le déjà-vu devait être une perturbation temporaire des systèmes mnésiques, qui se rapportent à la mémoire.

 

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      Cependant, seulement 2% des patients épileptiques rapportaient une impression de déjà vu lors de stimulations du complexe amygdaliens ou de l'hippocampe.

      De plus l'impression qui les touchaient était en réalité plus proche de la réminiscence (remémoration d’un souvenir précis) que du déjà-vu. Ajouter à cela, le rôle de ces deux structures temporales ne semblait pas nettement différencié. Cela laissait donc plutôt penser que leur stimulation agissait sur une autre zone cérébrale et déclenchait donc de manière indirecte mais imprécise le déjà-vu.

      En revanche, en stimulant une zone du cerveau placée sous l'hippocampe, la zone rhinale, de patients épileptiques, Bartolomei et ses collaborateurs déclenchèrent dans 11% des cas une impression de déjà-vu.

Cette zone est composée en particulier du cortex perirhinal qui n'est activé que lors d'une situation nouvelle. Ce cortex  permettrait de repérer la « nouveauté » avant de la mémoriser. La zone rhinale joue un rôle important dans la mémorisation de reconnaissance visuelle et semble donc être plus directement impliquée dans le déclenchement de l’impression de déjà-vu.


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      Les résultats du Dr Bartolomei laissent donc penser que l’impression de déjà-vu proviendrait d’une panne temporaire affectant le cortex périrhinal. Normalement, face à une situation nouvelle, les informations sensorielles convergent vers le cortex périrhinal avant d’être transmises au cortex entorhinal puis à l’hippocampe où elles sont en partie mémorisées. 

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      Si le cortex périrhinal cesse momentanément de fonctionner à cause d’une fatigue cérébrale, d’un état de stress, ivresse etc., le caractère nouveau de la situation ne peut théoriquement pas être identifié et la scène semble donc familière.

Nous aurons alors l’impression de l’avoir déjà vécue.


      Cependant, notre compréhension du déjà-vu s’est améliorée grâce aux progrès de la neurologie. 

 

      Désormais, on sait que le lobe temporal est impliqué dans son déclenchement.

 

 

      La dernière hypothèse neurologique l’explique par une panne momentanée, due à la fatigue ou au stress, de la zone nous permettant de repérer le caractère nouveau d’une situation; le cortex périrhinal.

Inactivé brièvement, il pourrait provoquer un sentiment de familiarité qui nous donnerait l’impression que nous avons déjà vécu le même événement dans les mêmes conditions.

      L’impression de déjà-vu ne serait donc finalement qu’une illusion perceptive due à un dysfonctionnement temporaire de notre cerveau.

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